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Suspendue à son téléphone, Monique fait part de ses craintes à sa meilleure amie. La nuit dernière, son fils a invité quatre copains à dormir à la maison. Enfermés dans sa chambre, ils ont vite commencé à rire, en s’affublant de noms étranges et se prétendant orques, elfes ou cyborg (Monique n’avait jamais bien compris la différence). D’abord intriguée par les bribes de conversation qui lui parvenaient, elle s’imagina que les garçons jouaient au jeu « action ou vérité ». Puis lorsqu’elle vint leur présenter leurs chambres et lits, ils lui répondirent, l’œil malicieux, qu’ils n’étaient pas là pour dormir...
Tandis que son amie lui racontait les méthodes modernes d’endoctrinement des sectes (merci TF1), Monique envisageait, elle, la possibilité que son fils chéri préférât la compagnie des hommes. Après une journée intense de réflexion, elle décida de se montrer courageuse et ouverte d’esprit, comme toute bonne mère devrait l’être. « Mon fils » déclara’elle « Tu n’as pas besoin de ne rester qu’avec tes amis, montre sans complexe qui tu es. ». « Et comment ! » lui répondit-il « Nous allons même créer un club ou une association ! Nous préparons le dossier pour la mairie ». C’en était trop pour Monique qui s’effondra sur une chaise et dans un soupir, demanda « comment est ce possible… ? ». Bien que cette question fût seulement lancée en l’air, dans un souci inconscient de théâtraliser la scène (regarder quotidiennement les Feux de l’Amour pendant 10 ans laisse des traces), son fils la prise pour lui : « Jouer aux Jeux de Rôles à cinq, c’est cool, mais on aimerait rencontrer d’autres personnes. Au lycée et à mon club de tennis, il y a plein de gens qui se disent intéressés à jouer avec nous. La semaine dernière, nous avons déjà joué avec Sandra et Julie qui connaissent bien ce type de jeu. On se dit qu’avec l’aide des parents, la Mairie pourrait nous soutenir et nous prêter une salle. En plus de rencontrer plein de gens, figure toi que j’anime mes propres parties ! Toi qui me trouves trop introverti, tu vois bien que ce n’est pas vrai ! Et en plus, Blablabla… ». Son fils semblait prêt à continuer des heures durant, mais Monique était déjà convaincue. Non seulement son fils avait un loisir profondément sociable, mais en plus, il prenait des initiatives d’adultes (alors qu’il ne rangeait toujours pas sa chambre). Décidant d’utiliser un coup de fil à un ami (décidément, cette télé…), elle appela Roger, cadre à la Mairie, et s’enquit de la possibilité de trouver rapidement une salle pour son fils. Ce qu’a tout de suite compris notre chère Monique est que, loin de certains clichés, les jeux de rôle sont source d’ouverture. Mieux, selon la dimension et le contenu que l’on souhaite leur donner, les jeux de rôle constituent des jeux « citoyens ». Une partie de jeu de rôle s’apparente à une pièce de théâtre où les acteurs sont les auteurs. Il s’agit plus précisément d’un théâtre d’improvisation où le jeu consiste à donner vie à un personnage et à l’interpréter au cours d’aventures merveilleuses. À la différence des jeux de société, lors d'une partie de jeu de rôle, les joueurs jouent tous ensemble, en équipe et non pas les uns contre les autres. Le but ne doit pas être de "gagner" mais de s'amuser, de faire vivre aussi bien son personnage que l’histoire, ce qui est, déjà , une grande victoire en soit. Les joueurs partagent une histoire et donc, ils vivent ensemble. Les jeux de rôle mettent en avant deux concepts fondamentaux du « Vivre Ensemble ». Le premier est l’affirmation de soi. L’idée est d’apprendre à exprimer des idées, une opinion et à donner à son personnage une identité qui lui est propre. À travers le masque du personnage, une personne peut vaincre ses inhibitions personnelles et se réaliser pleinement. Une fois le masque enlevé, elle redeviendra ce qu’elle est, mais ne pourra nier ce qu’elle a vécu et accomplit. Cela ne signifie pas que cette personne doit trouver refuge dans l’incarnation d‘un personnage fictif, ni même qu’il y ait un danger à ce qu’elle le fasse. Elle tirera simplement du jeu de rôle un plaisir ludique et une occasion de s’épanouir, de se projeter (ce qui participe aussi au plaisir). Le second concept concerne le respect d’autrui. Pour que l’histoire avance, il est primordial de conjuguer les talents de l’équipe, d’être à l’écoute des remarques des autres et, pour que la partie dure ou se rejoue, d’être attentifs à leur bien-être. Chaque joueur ne bouge pas son propre pion indépendamment des autres ou dans le souci d’aller plus vite qu’eux. Il agit pour enrichir l’histoire, la rendre passionnante à vivre. La dichotomie entre les joueurs et leurs personnages doit être très forte ; ce sont les personnages qui combattent et les joueurs qui s’amusent. Si mon personnage vole le tien, il faut que ça ait un sens et non pas une simple volonté du joueur de rendre son personnage plus fort ou de gêner l’autre joueur. Il est impossible de s’amuser si les autres ne s’amusent pas. Enfin, les jeux de rôles représentent le support idéal de l’imaginaire. Les univers proposés offrent des pistes riches et variées, si bien que notre imagination a réellement de quoi « marcher ». Lors d’une partie, les représentations personnelles se confrontent pour devenir une représentation collective qui évolue sans cesse. Cette proximité intellectuelle et ludique engendre des moments rares, profondément sociaux et tout simplement « humains ». (*générique de fin, musique mélodramatique *)
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